Au lecteur :
Ce livre est né de la compilation de souvenirs
familiaux et de légendes locales recoupés
par les archives du cru, matériau que les habitants
de la Communauté de communes des Monts du Matin
ont collecté pendant des mois. Ceux-là
retrouveront mal leurs enfants dans l’ouvrage
achevé, dont deux mouvements l’ont éloigné.
Le premier relève de
l’esprit de sérieux : voulant remonter
de la Mémoire à l’Histoire, nous
avons tâché de replacer chaque récit
ou légende dans son temps supposé. Chacune
des aventures contées s’en est vue marquée,
infléchie.
Du coup ces textes disparates, isolés comme autant
de nouvelles sans autre lien que géographique,
ont trouvé leur ordre naturel d’exposition,
tout simplement chronologique. Ainsi, des temps du premier
christianisme où Saint-Martin fut le grand évangélisateur
de la Gaule romaine jusqu’au passé le plus
récent que nous avons qualifié de «
modernité désuète », entre
ces deux extrêmes s’écoule page après
page le long fleuve du temps.
Le premier et les deux derniers chapitres font exception.
La Légende du Dauphiné est un classique
intemporel, Delphinus et ses amours d’improbable
mammifère fluvial ouvrant classiquement les «
Contes et Légendes du Dauphiné »
qui sommeillent dans notre mémoire de vieux gamins
: cet hommage aux livres illustrés de notre enfance
nous met dans leur lignée, dont nous revendiquons
l’héritage.
Quant aux deux ultimes chapitres, ils remontent aux
« temps d’avant le temps », celui
de l’ère chrétienne, pour boucler
de ce livre la boucle. Au contraire de la Légende
du Dauphiné ils sont précisément
datés. L’épopée d’Hannibal
d’abord, celle de César ensuite nouent
un nœud final sur le fil d’Ariane de ce livre,
thème souterrain né de notre soucis de
remettre chaque récit dans son temps : aucun
coin de terre, aussi modeste et particulier soit-il,
n’échappe à son époque et
aux grands mouvements qui l’agitent.
Ainsi les Monts du Matin que dessine notre ouvrage sont-ils
* comme un frêle vaisseau descendant vaille que
vaille le fleuve du temps.
Un second mouvement est venu s’ajouter à
la mise en ordre chronologique de nos sources pour en
éloigner un peu plus encore notre texte, mouvement
qui relève du pur esprit de plaisir.
Ce plaisir, c’est celui de raconter, lequel a
débordé littéralement celui qu’il
traversait. A sa grande surprise l’auteur a vu
d’un côté toute une part de lui passer
dans sa plume, de ses origines vercoriennes jusqu’à
son métier de médecin en passant par son
amitié pour son indigène hostunois d’illustrateur,
de l’autre l’élan heureux du conteur
l’entraîner tantôt vers l’angoisse
et le drame les plus sombres, tantôt vers la fantaisie
et l’humour les plus débridés.
Baigné du souvenir
des livres illustrés de l’enfance, tissé
de l’amour de l’histoire, emporté
par le bonheur du conteur, voilà ces Contes et
légendes entre tes mains, lecteur.
Patrick Bellier